14 ans, en transit

Publié le par Picou

Quelle drôle d'expérience, de te voir t'envoler vers le monde adulte... On y est pas encore, bien sûr - mais à 14 ans, ma Chouquette, tu as décollé vers ces prochains rivages. 

Te voilà dans les airs, à la merci des vents contraires, prenant peu à peu ta vitesse de croisière. L'enfant a disparu, déjà - je ne la vois plus, en tout cas. Mais si j'aperçois en ligne de mire l'adulte que tu seras, ce n'est encore qu'au loin - le vol reste encore long, avant d'arriver à destination.

Tu as toujours besoin de moi - mais plus sur les mêmes choses, de plus loin, et quand même de moins en moins. Ça ne veut pas dire, pas encore, que tu sois déjà devenue autonome... mais j'apprends à m'effacer, à faire confiance, à déléguer, pour que tu trouves ta propre place désormais. 

Ça semble si facile, de loin, pas vrai? A t'écouter, tu "sais" ; mais quand tu fais face aux difficultés, tu commences à comprendre que ce n'est pas si simple qu'il n'y paraît. Te voilà coincée dans cette drôle de période, entre le confort de l'enfance et l'assurance qui vient avec les années. 

Entre les deux, les turbulences de l'adolescence... Attache ta ceinture : tu risques d'être bousculée, de tous les côtés.

Changements physiques et hormonaux, grandes émotions, amours et amitiés, grandes joies et déceptions, nouvelles découvertes... Tu as embarqué pour un voyage qui sera animé.

Sur la carte, une ligne droite du point A au point B : mais en vrai, une foule de descentes et de remontées. De loin, on ne voit rien : mais de grands mouvements viennent te secouer, au coeur desquels il te faut peu à peu apprendre à manœuvrer.

On t'a donné les grandes directions, on fournit le carburant, et on reste ta tour de contrôle ; mais désormais, c'est toi qui pilotes! Pas toujours dans le bon sens, des fois trop vite, et d'autres trop lentement, souvent un peu perdue parmi toutes les commandes...

C'est toi qui fixes le cap - et il faut qu'on accepte, nous, que le plan de vol qu'on avait dressé va certainement devoir évoluer.

Tu commences à bien entretenir les clichés : grasses matinées, sautes d'humeur, râleries et reproches, appétit démultiplié, flemme généralisée... Prochaine étape, la résistance et la rébellion? Sans doute un peu, bien sûr - mais j'ai bon espoir qu'on ait instauré assez de confiance et de communication entre nous pour que tu trouves l'espace nécessaire pour t'élancer, sans lancer de "May-Day"

Des turbulences, oui - pas un crash annoncé. J'ose croire, en tout cas, qu'on devrait l'éviter! 

Mais ma confiance en toi est justement parfois un peu trop pesante, je crois. 

Tu as toujours été si raisonnable, si sérieuse et si fiable, que j'ai pris l'habitude de me reposer sur tes lauriers, et de considérer comme acquis ce qui n'est pourtant pas assuré. Tu as bien su, ces derniers temps, me le rappeler...

Ce n'est pas parce que tu encaisses, sans broncher, que tu n'as pas besoin d'être toi aussi rassurée, et qu'on te montre que tes efforts sont remarqués.

Nous, on sait combien tu es belle, drôle, intelligente, doucepassionnée ; il faut qu'on te laisse le temps de le comprendre aussi, et de découvrir qui tu es. A nous de trouver comment te faire comprendre qu'on te voit, et qu'on est là, mais sans non plus s'imposer ou trop te diriger. Pas facile à doser... On avance au radar, il faut bien l'avouer.

Nous avons eu notre propre zone de turbulences, ces derniers temps, avec tout ce qu'implique notre déménagement. Nous nous sommes montrés plus stressés, irritables, et intransigeants, et moins patients, accessibles et présents. Pas forcément au bon moment, quand tu avais sans doute au contraire besoin, de ton côté, qu'on soit encore plus à l'écoute qu'auparavant... 

On t'a sans doute mal guidée, perdus nous-mêmes dans un courant si fort qu'il nous a engloutis complètement. Mais on va reprendre la barre, et j'espère que ça va se calmer, maintenant qu'on a déménagé - te voilà surclassée, on t'offre la première classe, pour la fin du trajet. Un espace enfin rien qu'à toi, ta propre chambre, comme un cocon où te ressourcer, et pouvoir grandir en toute sécurité. 

On l'a imaginée avec les besoins d'indépendance qui deviennent les tiens - et ça devrait te faire du bien de pouvoir t'y épanouir et t'y développer.

Ou de claquer la porte, quand tu auras besoin de t'isoler!

Parce qu'on le sait : quoi que l'on fasse, ça ne sera jamais parfait. Il y aura toujours ce décalage inévitable, ce petit brouillage dans toutes nos communications...

Tu auras l'impression que ce qui t'arrive est unique, profond, inédit, et qu'on ne peut pas le comprendre ; alors qu'on sait, nous, que ce n'est justement que passager, transitoire, et tout à fait normal. Ça n'empêche pas d'y accorder toute l'attention qu'il se doit ; et on compte bien te l'accorder, même au coeur des tempêtes, si le vent venait à se lever. 

Maintenant, tu es lancée, et ça ne va faire que s’accélérer. Pas trop vite, ma Chouquette... laisse-nous le temps de te suivre, de loin ou de près, pour qu'on puisse continuer, toujours, à t'aiguiller, pour que tu puisses atterrir en douceur, d'ici quelques années. 

Direction la grande vie... mais avec quelques escales encore, où on saura sans nul doute se rejoindre, faire le plein, et toujours, se retrouver. 

Publié dans Mots d'amour

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article