Jusqu'à la dernière goutte

Publié le par Picou

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Bien qu'ils aient été tout à fait ordinaires, ces derniers jours ont été pour moi baignés d'une émotion forte et très particulière : à 15 mois, Comète a décidé d'arrêter de téter.

Une sacrée page qui se tourne... Car cette fin d'allaitement, c'est la fin d'une belle histoire, qui a marqué mon histoire de maman.

J'ai allaité mes 3 filles, de plus en plus longuement (Chouquette 6 mois, Bouclette 9 mois, et donc, Comète, 15 mois) mais cette fois, c'est fini. Le dire me serre encore un peu le coeur... mais j'en aurai profité jusqu'à la dernière goutte.

Car c'est Comète elle-même qui a décidé de sauter le pas, et de me faire comprendre qu'il était désormais temps de mettre fin à mon "aventure lactée".

Ça c'est fait très progressivement, par étapes tout au long de ces derniers mois que nous avons passés collées-serrées.

Comète était déjà partiellement sevrée, car nous avions introduits les biberons depuis Septembre, en journée. Un seul biberon par jour, et toujours une tétée le matin au réveil, puis le soir au coucher.

Passée une bonne semaine d'adaptation (pas si longue en réalité... mais comme pour ses grandes sœurs, sur le moment j'ai bien failli croire qu'elle n'accepterait jamais le biberon!), nous avions trouvé un bon rythme permettant de préserver ma lactation, mais de me soulager de notre "fusion" en journée.

Restaient juste le meilleur - les tétées "doudous", dans notre bulle de douceur et de calme, pour démarrer et finir la journée en câlins.

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Petit à petit pourtant, je sentais Comète plus excitée le soir, préférant profiter à fond de l'ambiance familiale après le dîner que s'isoler dans la tétée.

Elle s'agitait, prenait puis lâchait le sein sans cesse, tétait peu, et en venait même parfois à me mordre avec malice. Bref - le moment doux et calme du soir devenait presque une lutte, dans laquelle je sentais qu'elle ne prenait plus de plaisir.

Depuis quelques semaines, nous avions donc fini par abandonner cette tétée du soir, remplacée par un biberon, souvent lui aussi refusé.

Mais nos tendres matins permettaient encore de tout rattraper : à peine réveillée, Comète avait pris l'habitude de venir se coller tout contre moi, au chaud sous les draps, et de téter longuement, cherchant les caresses, puis, le temps venu, roulant du côté de son papa.

Ces moments d'une tendresse infinie resteront pour toujours gravés en moi...

Pourtant depuis quelques temps, je sentais qu'elle commençait à s'en détacher aussi. Les tétées devenaient moins longues, elle les refusait même parfois, se roulant directement dans le creux du bras de papa.

Jusqu'à ce jour où j'ai intimement su que nos jours lactés étaient maintenant comptés : alors, un matin où elle était de meilleure volonté, j'ai profité de la tétée comme jamais, sa petite tête dans ma paume de main, ses cheveux si doux filant entre mes doigts - je savais que ce serait la dernière de cette intensité.

Mon instinct maternel ne m'avait pas trompé : ce n'était pas la toute dernière tétée, mais les suivantes étaient bâclées", et en quelques jours à peine, c'était cette fois bien terminé.

Parce qu'elle l'avait décidé, et que j'étais prête à l'écouter. Ce jour là, entre nous, le pacte s'était scellé : quelques gouttes encore, puis la page serait tournée.

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C'était la semaine dernière... Et s'il me reste encore un peu à le digérer, cette fois je le sais : je n'allaiterai plus jamais.

Une foule de souvenirs et de sensations me reviennent en mémoire.

Une immense douceur, la chaleur de son corps contre le mien, nos regards si profonds partagés tant de fois ; les émotions intenses, les doutes, la solitude des nuits hachées ; les tétées 'acrobatiques', celles en plein confinement, en balade, à la maison ; la fatigue, l'écrasante responsabilité, aussi - mais surtout, cet inimitable sentiment de fusion totale avec bébé.

J'ai adoré allaiter mes filles - pourtant ce sentiment oppressant m'a parfois déstabilisée.

Allaiter son enfant demande un don de soi, autant physique qu'émotionnel, qui peut parfois peser.

Quand on est épuisée, jour après jour, nuit après nuit, mais que personne d'autre, même le papa, ne peut prendre le relais ; ou quand on voudrait s'échapper, ne serait-ce qu'un moment, de sa maternité, mais que notre corps n'a de cesse de nous la rappeler.

Pourtant, même dans les moments où je me sentais un peu étouffée, j'ai toujours eu du mal à arrêter. A chaque fois, malgré mes doutes, je m'accrochais, je continuais ; et je me sentais toujours mal à l'aise à l'idée de passer définitivement au biberon.

Prendre la décision de sevrer mon enfant, même quand je m'y sentais prête, était toujours un petit déchirement - une part de moi, et de l'histoire de mon enfant, à abandonner. Pas si facile à accepter...

Contrairement à ses sœurs, Comète a finalement résolu ce paradoxe de ma maternité, en mettant fin d'elle-même à ses tétées. Cette fois, je n'ai rien décidé - c'est elle qui m'a guidée.

De quelle meilleure sortie aurais-je pu rêver? Nous étions prêtes toutes les deux à passer à l'étape d'après, sans heurts et sans regrets.

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Car avec cet allaitement qui s'arrête, je passe à une autre phase de ma maternité. Et cette fois, pour la dernière fois.

Pour chacune de mes filles, cette période d'allaitement était marquée pour moi par une mise en retrait de moi-même, dans la fusion avec mon bébé.

Même si je n'étais déjà plus physiquement rattachée à elle depuis très longtemps, en n'allaitant plus, je me sens psychologiquement libérée d'un lien implicite, ou en tout cas, déchargée d'une certaine responsabilité.

Je peux maintenant laisser du mou à la corde, et la tendre à d'autres que moi : je suis et serai toujours là, mais je ne me sens plus seule, car je peux désormais compter aussi sur mon bébé qui grandit, pour avancer d'elle-même.

C'est un moment où je commence à renaître à moi-même, par petites touches, et à accepter de me libérer un peu plus de mon rôle de mère. Symboliquement, bien sûr - mais je me remets petit à petit à réfléchir en dehors de ce cadre.

Je recommence à prendre plus soin de moi (j'ai des envies de relooking, de shopping, quitte même parfois à sortir -juste un peu!- de ma zone de confort) ; je me lance dans de nouvelles activités plaisir (je me suis ainsi lancée avec bonheur dans la broderie, me suis achetée de quoi faire de l'aquarelle...), et je m'accorde - en tout cas autant que possible dans cette période - du vrai temps pour moi (je réfléchis à des possibilités de week-ends sans enfants).

Un renouveau qui m'ouvre aussi la voie d'un autre changement, celui de faire garder de temps en temps Comète par quelqu'un d'autre que moi.

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Avec mon congé parental, rallongé par le Covid, je m'occupe d'elle en permanence depuis sa naissance.

C'est à la fois un bonheur, et une charge écrasante ; et je crois qu'il nous serait bénéfique, à elle comme à moi, que je la fasse maintenant garder régulièrement.

Je vais ainsi me mettre, sans pression ni urgence, à la recherche d'une halte-garderie ou d'une nounou, à qui la confier peut-être un jour ou deux par semaine, pour que je puisse souffler, réfléchir à mes futurs projets, et qu'elle puisse elle, de son côté, se sociabiliser (même si, là encore, cette période de Covid n'aide pas et va sans doute freiner mon projet).

C'est sans doute le début d'une transition vers le futur qui nous attend, Comète et moi... Car j'entends bien un jour retrouver un emploi, et la voir gagner en autonomie sans être toujours sous mes yeux (en passant sans doute par l'étape cruciale du "terrible two", pour laquelle j'apprécierai sans doute quelques petites journées de pause!).

Ce grand changement qu'est la fin de l'allaitement, n'est d'ailleurs qu'une partie d'un tout : je sens bien ces jours-ci ma Comète s'emballer, commencer à marcher (elle s'est lancée cette semaine - quelle émotion, même pour la 3ème fois!), essayer de répéter, améliorer sa motricité, tenter d'imposer son autorité, et même parfois se détourner de moi au profit de ses sœurs et surtout de son papa.

Elle passe le cap du bébé, pour devenir une petite petite fille... et je me laisse émerveiller, car je sais que ce mouvement là, lui, n'est pas prêt de s'arrêter, quelque soit le carburant utilisé!

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Commenter cet article

Madame Lavande 18/03/2021 14:52

Oh la la, on sent que Comète a grandi d'un coup ! C'est chouette quand l'allaitement se termine en douceur. Pour la Biscotte, elle avait décidé d'arrêter de façon unilatérale à 1 an ^^, je dois dire que je n'étais pas prête et que j'en avais gardé un petit gout d'inachevé. Je me suis bien rattrapé avec Bébinette ou les choses se sont faite naturellement à ses 2 ans, d'un commun accord cette fois ;-)

Picou 21/03/2021 14:04

Oui, c'est affolant comme ça va vite et en ce moment elle s'emballe, sevrage, premiers pas, débuts de parole... elle change beaucoup! Je suis heureuse que cette phase se termine d'une aussi belle manière, un point final tout doux à une fusion incroyable de douceur et de tendresse.

UneMamanLoutre 18/03/2021 11:37

Oh comme je comprend tous ces sentiments ! J'avais aussi eu la chance avec ma grande d'un sevrage naturel et tout en douceur. Et je sais qu'il en sera encore ainsi avec mon bébé mais malgré ses 1 an déjà, je pense que nous en sommes loin. Mais même si comme tu le dis c'est une grande responsabilité qui peut parfois "enfermer" la maman, j'en profite à 100% tout comme je profite de mes dernières semaines avec un tout petit bébé.

Picou 21/03/2021 14:02

Je suis contente que ça se soit terminé de cette façon, sans aucune frustration ni pour elle ni pour moi, c'est une belle manière de terminer cette phase de ma vie. Malgré tous les moments difficiles qu'il y a pu y avoir aussi, je ne garderai en mémoire que la beauté de cette transmission et la douceur de ces inoubliables moments collées serrées!