Doit-on forcément dépendre d'un modèle éducatif?

Publié le par Picou

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De plus en plus, il me semble que les mamans aiment se définir selon des codes précis.

Si l'on en croit les réseaux sociaux, aujourd'hui il faut absolument se catégoriser en tant que maman : "bienveillante", "maternante", "maman louve", "maman poule", "working mum", "maman battante"... Il n'y a qu'à voir combien de mères mettent fièrement en avant leur appartenance à un groupe, dans la description de leur profil, pour comprendre le poids que cela prend dans leur identité.

J'avoue que ça me laisse souvent perplexe, car j'ai moi-même bien du mal à me ranger dans quelque catégorie ou modèle éducatif que ce soit. Je suis un peu de tout ça, et rien de tout ça, à la fois.

Pourtant, la plupart des futures et toutes jeunes mamans que je vois s'exprimer sur les réseaux sociaux semblent, elles, avoir déjà une idée bien arrêtée de ce qu'elles feront avec leur bébé, alors même qu'il n'est pas encore né ou qu'il sait à peine marcher. A les lire, on dirait qu'elles savent d'emblée quelles méthodes privilégier, et comment elles vont elles-mêmes se positionner...

Leur enthousiasme est bien normal, et me semble même être une composante essentielle de la construction de leur maternité.

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Petit à petit, elles préparent une place à leur enfant, tant sur le plan logistique que psychologique.

Nous sommes toutes passées par cette étape fondamentale : imaginer son bébé à venir, statuer sur les principes clés que l'on voudra respecter pour lui,  puis visualiser l'avenir qu'on veut lui tracer. Une vision encore idéalisée, tant qu'on ne l'a pas confrontée à la réalité.

Toutefois, là où cette projection restait auparavant très générale - prénoms, petits vêtements, déco, etc - il me semble de plus en plus que l'omniprésence de certains modèles éducatifs la transfère maintenant directement sur l'éducation même de l'enfant.

Il est bien sûr naturel de réfléchir en amont aux principes que l'on souhaite suivre pour son enfant ; mais aujourd'hui cela semble aller de plus en plus loin, jusqu'à déterminer d'avance les modalités précises de son éducation, à peine sa naissance passée.

Or s'il est évidemment positif d'envisager l'enfant dès sa conception comme un être vivant à part entière, qu'on cherche à accompagner au mieux, j'ai peur que cette tendance impose aux mères une certaine pression, ou plutôt une pression certaine, dès les prémices mêmes de leur maternité.

Avant même que l'enfant soit né, beaucoup semblent déjà chercher à cocher toutes les cases d'un modèle idéologique "parfait", ou en tout cas très souvent présenté comme tel.

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Combien de futures mamans voit-on décrire avec fierté le lit cododo qu'elles ont déjà acheté, ou débattre sans fin de la meilleure écharpe de portage pour débuter?

Avant même que leur enfant ne soit arrivé, elles semblent déjà sûres et affirmées : elles vont le "materner".

Et donc bien sûr, allaiter, développer une fusion complète avec bébé, créer des espaces libres pour sa motricité, valoriser tous les apprentissages autonomes, dès le plus jeune âge, le laisser expérimenter, puis évidemment l'élever dans la bienveillance et le respect de sa liberté. Voilà la voie de bébé déjà toute tracée - le début d'un beau conte de fée!

Je ne remets pas en cause la validité de ces choix éducatifs ; j'ai mon avis sur la question, mais il est éminemment personnel - et je crois justement qu'il doit être laissé à chacune le droit d'y adhérer ou non, selon ses convictions, sa réalité, son enfant et son environnement.

C'est justement pour ça que la généralisation du modèle global généralement présenté comme 'bienveillant' me fait souvent tiquer.

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Que ses méthodes soient judicieuses ou non, elles prennent aujourd'hui un poids si colossal dans l'espace public qu'elles finissent par paraître un passage obligé aux jeunes mamans.

Or se construire sur une représentation aussi catégorique de la maternité, alors même qu'on ne l'a pas encore débutée ou qu'on vient juste de la commencer, me semble plutôt risqué.

Si beaucoup de mamans sont rassurées de trouver ainsi un modèle auquel se référer, un cadre qui les conforte dans l'idéologie générale à laquelle elles ont adhéré, elles courent aussi le risque de s'enfermer d'emblée dans un dogme trop précis, avant même d'avoir eu le temps de faire leur propre expérience de leur maternité.

Car celle-ci peut prendre des formes extrêmement variées, aussi différentes que les femmes elles-mêmes ; et surtout, pas forcément celles que l'on a anticipées.

C'est sans doute mon expérience qui parle, en tant que multipare activement impliquée dans la sphère parentale - mais je suis convaincue qu'on ne peut pas savoir d'avance quelle maman on est, ni ce que seront nos enfants. D'autant plus que nous ne faisons qu'évoluer sans arrêt!

Alors s'il n'existe pas de modèle de maman ou d'enfant unique ; comment pourrait-il y avoir un modèle d'éducation unique?

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Avec 3 enfants et autant d'expérience de la maternité, je n'estime pas dépendre d'un quelconque courant éducatif.

J'avance avant tout à l'instinct, et même si comme tout le monde, je suis influencée par ce que je vois ou lis ici ou là, je ne suis aucune "méthode" - j'aurais même tendance à les fuir.

Je pioche, à droite à gauche, les inspirations qui me parlent et qui correspondent à mon environnement, ou aux problématiques que je rencontre, sans me conformer à une ligne de conduite précise.

Je navigue globalement entre deux eaux, appliquant autant une bienveillance de bon sens dans mon approche globale, qu'une certaine fermeté bien encadrée au quotidien. Un jour, je vais m'appuyer sur des "astuces" issues des méthodes dites "bienveillantes"; l'autre, je la jouerai "old school", me montrant beaucoup plus stricte et moins ouverte.

La plupart du temps, je reste surtout adepte d'une "éducation approximative", multiple et décomplexée - faisant du mieux que je peux au moment H, avec parfois des succès épatants, et d'autres fois, de magistrales foirades.

Je n'arrive pas à me définir par une "case" spécifique, parce que chez moi, ce qui est vrai un jour ne le sera pas forcément le lendemain.

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Et je ne veux pas m'en vouloir pour ça - car c'est au fond, je crois, le cas de toutes les mamans. On est humaines, avec tous les ajustements et revirements que cela implique.

C'est pourquoi, lorsque je vois toutes ces futures ou nouvelles mamans s'exprimer si catégoriquement sur la façon dont elles comptent élever leur bébé, je reste pour le moins dubitative, si ce n'est pas alarmée.

Non, toutes les mamans ne s'épanouissent pas dans une fusion totale avec bébé, qui peut se révéler au final oppressante pour certaines - ou même pour leur bébé. Non, toutes les mamans n'ont pas la possibilité physique ou la disponibilité  d'offrir à leur enfant une autonomie renforcée par la DME ou la motricité libre, qui demandent plus d'espace, de temps et d'attention.

Et toutes, un jour où l'autre, risquent de se fracasser aux limites d'une éducation centrée sur l'enfant, car les belles théories ne marchent pas toujours, en vrai. 

Et ce n'est pas grave, en fait... Qu'on se retrouve ou non dans toutes ces méthodes éducatives si en vogue à l'heure actuelle, on a le droit de les remettre en cause!

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Et même si l'on veut, de s'en éloigner, ou de ne les appliquer qu'à moitié.

La plupart des toutes jeunes mamans séduites par le modèle aujourd'hui dominant, sauront garder le recul nécessaire pour le considérer avec distance et adaptabilité, au fur et à mesure que leur expérience se développe.

Mais d'autres risquent de se sentir fragilisées si elles n'arrivent pas à atteindre cet idéal doré si largement vanté. Pour peu qu'elles n'arrivent pas à "décrocher" de dogmes trop directifs ou non adaptés à leur propre réalité, elles peuvent finir perdre pied face à une pression exacerbée et à un fort sentiment de culpabilité, auxquels il leur sera dur d'échapper.

Une brèche dont des personnes plus ou moins bien intentionnées n'hésitent aujourd'hui pas à profiter... Entre les coachs parentaux qui n'ont de cesse de se multiplier, souvent sans formation solide sur laquelle s'appuyer, et les influenceurs à l'ego gonflé qui croient asséner la seule et unique vérité, nombreux sont ceux qui ont tout à gagner de nos désillusions et de nos difficultés.

Et il n'est pas toujours si facile de sentir si l'on se fait aider, ou  bien manipuler... Exploiter nos failles devient aujourd'hui pour certains un vrai business, et je crois qu'il faut s'en méfier : car aucune méthode, ni aucune personne, ne détient les clés d'une éducation parfaitement maîtrisée.

Il appartient à chacune de trouver son propre chemin dans la maternité, sans forcément suivre aveuglément un modèle ou un autre.

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Quelle que soit la mère que l'on est, on n'a pas forcément à se catégoriser, ni à le scander publiquement pour en valider la valeur...

Ce n'est pas parce qu'on se défend d'un courant éducatif particulier qu'on aura plus de légitimité qu'une autre ; ni parce qu'on suit à la lettre les préceptes d'une méthode donnée, qu'on ne connaîtra pas pour autant de vraies difficultés.

Alors, si l'on peut bien sûr s'inspirer des différents modèles éducatifs, y trouver des idées et de l'aide pour son quotidien parfois embrouillé, il faut aussi savoir s'en affranchir pour ne pas finir par se limiter.

Vous avez le droit d'être votre propre modèle à part - il n'y a pas de "bonnes" cases à cocher. C'est normal de tester, de changer, d'évoluer, autant de fois que vous le nécessiterez. D'ailleurs, vous le remarquerez, les belles théories dépassent rarement la petite enfance... Les mamans d'enfants plus grands, ou de plusieurs enfants, semblent avec l'expérience avoir des idées bien moins arrêtées, et moins la ramener sur la manière dont il faut se comporter^^

N'oubliez jamais que le modèle de votre enfant, ce sera toujours vous, pour ce que vous êtes et votre manière de les aimer. Et pas la liste des bonnes actions que vous aurez réussi à mener...

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Publié dans Maternité-grossesse

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C
Encore une fois je me retrouve complètement dans tes propos. J'ai surtout l'impression que tout ça n'est qu'un effet de mode, cherchant à impressionner l'autre plus qu'autre chose : sans doute le côté instragammable qui prend le pas sur la vraie vie.
D'ailleurs ça me fait souvent doucement rigoler de voir des jeunes mamans aussi catégoriques dans leurs choix, car on sait bien que, très souvent, rien ne se passe comme on l'avait si parfaitement imaginé ;-)
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P
Je pense que les réseaux sociaux ont effectivement beaucoup à voir là dedans ; au-delà de diffuser les théories (parfois de manière erronée d'ailleurs), elles en diffusent aussi une image idéalisée contre laquelle certaines mamans finissent par butter. C'est pour ça qu'il est important de garder du recul!
S
Je suis bien d'accord avec ton propos même si je dois l'avouer j'ai pendant quelques temps justement cherché ma place là dedans...parce que justement perdue dans tous ces "courants" je pensais que ce serait peut-être rassurant de rentrer dans une case. Mais force est de constater que la maternité nous apprend rapidement que rien est tout blanc ou tout noir. Maintenant je sais très bien que je suis tour à tour bienveillante, sévère, injuste même probablement des fois. Mais ce qui nous concerne quasiment toutes, c'est l'amour de nos enfants. Et notre modèle familial à nous de le créer 100% personnalisé, n'en déplaisent aux prêcheurs qui nous donnent des cases à cocher.
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P
Oui, c'est très bien pour celles que ça rassure d'avoir un cadre, et une certaine validation - mais il me semble très important de garder la distance nécessaire pour pouvoir s'en éloigner quand on en a besoin, avant de s'y sentir prisonnière (ou avant justement de ne plus se rendre compte qu'on est prisonnière, ce qui peut être encore plus dangereux...). Je ne rejette pas en bloc les méthodes, juste le fait de les prendre pour argent comptant - et malheureusement c'est bien souvent l'impression que donnent ces mères si convaincues et prosélytes qu'elles ne voient plus que par ce prisme forcément un peu biaisé.
M
J'adore cet article. Je me rends compte à quel point, quand on est jeune mère, on peut facilement verser dans l'hystérie et l'extrémisme, comme des ados qui ont a tout pris besoin de faire partie d'une communauté pour asseoir une nouvelle identité. Parce que c'est ça, en réalité, qui se construit: une nouvelle identité, et parfois, elle est tellement violente, tellement inattendue, qu'on se raccroche à un modèle clé en main qui nous aide à ne pas perdre pied. Enfin, ça c'est en principe, parce qu'on est bien d'accord, l'effet est le plus souvent inverse. Je crois qu'on reconnaît la sagesse maternelle à la mesure et la souplesse qui vient avec le temps, celle qui fait que quand on se retourne, on regarde celle qu'on était il y a 5, 10 ans en secouant la tête de droite à gauche avec un petit sourire apitoyé...
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P
Tu touches un point très intéressant auquel je n'avais pas pensé comme ça mais oui, il y a quelque chose de la construction maternelle là dedans, un moyen de se raccrocher à une branche pour ne pas se sentir complètement perdue en devenant mère avec toutes les inconnues que ça comporte. C'est sûr que si on pouvait se voir 5, 10 ans avant, on se taperait souvent sur l'épaule en se disant : "mais lâches l'affaire... et détends toi, ça n'en ira que mieux!"
P
Mais que voilà un bon article auquel je souscris à fond, évidemment ! 4 enfants de 15 à 5 ans, et je n'ai plus guère de principes : je fais du sur-mesure, réactualisable en permanence. Et c'est très bien comme cela, ils ont l'air de fort bien s'en porter :-)
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P
Merci! Je crois que l'expérience nous amène forcément à ce point là : ce qui "marche", c'est de faire à sa sauce, selon son cas. En se plantant par moments, comme en excellant à d'autres. L'éducation n'a rien de linéaire, et c'est logique vu que nos enfants et nous-mêmes non plus!